Artes Patrimoine – Cabinet en Gestion Patrimoine
Beaucoup d’investisseurs ont découvert le statut LMNP pour la même raison : amortir un bien sur vingt ou trente ans et ne quasiment rien payer d’impôts sur les loyers pendant des années. C’était une mécanique presque trop belle. Le législateur a fini par la regarder de plus près.
Depuis 2025, les amortissements déduits pendant la période de location sont réintégrés dans le calcul de la plus-value lors de la revente du bien. Et en 2026, d’autres ajustements s’y ajoutent. Ce n’est pas la fin du LMNP, mais ce n’est plus tout à fait le même dispositif qu’avant. Comprendre ce qui change concrètement, c’est la condition pour adapter sa stratégie sans paniquer.
Le statut de Loueur Meublé Non Professionnel permet à un particulier de louer un logement meublé et d’être imposé dans la catégorie des Bénéfices Industriels et Commerciaux (BIC), et non en revenus fonciers comme pour une location nue. Vous êtes considéré comme loueur non professionnel si vos recettes annuelles sont inférieures à 23 000 euros ou si ces recettes sont inférieures au montant total des autres revenus d’activité de votre foyer fiscal.
Ce régime offrait un avantage considérable. Avec le régime réel, la combinaison des charges déductibles et des amortissements peut conduire à une imposition nulle ou très faible sur les loyers, parfois pendant de nombreuses années.
Le problème, du point de vue de l’État, est double. D’abord, ces avantages profitaient aussi, largement, aux plateformes de location touristique de courte durée, jugées responsables d’une raréfaction du parc locatif classique dans de nombreuses villes. Le nombre de logements en location a été divisé par deux en quatre ans et la croissance des locations meublées, en particulier meublées touristiques, s’accélère au détriment du parc locatif nu. Ensuite, la fiscalité de la location meublée était nettement plus favorable que celle de la location vide, ce qui créait une distorsion jugée difficile à justifier politiquement.
La réforme 2026 est la suite logique de ces tensions. Elle ne supprime pas le statut. Elle en reconfigure plusieurs paramètres importants.
C’est le changement le plus structurant pour les investisseurs LMNP au régime réel. Depuis le 15 février 2025, les amortissements LMNP déduits durant la location sont réintégrés dans le calcul de la plus-value lors de la revente, en application de l’article 84 de la loi n°2025-127 du 14 février 2025.
Concrètement : si vous avez déduit 60 000 euros d’amortissements sur dix ans et que vous vendez votre bien, ces 60 000 euros viennent gonfler votre plus-value imposable. Avant la réforme, ils restaient sans incidence sur le calcul. Jusqu’en 2025, les amortissements imputés au fil des ans ne diminuaient pas la valeur d’achat, ce qui préservait le calcul de la plus-value immobilière.
Un exemple chiffré pour rendre les choses concrètes : un bien acheté 200 000 euros, revendu 260 000 euros après dix ans, avec 60 000 euros d’amortissements déduits. Avant la réforme, la plus-value brute était de 60 000 euros. Après la réforme, avec réintégration totale des amortissements, la base imposable monte à 120 000 euros. L’écart est significatif.
Cette réintégration s’applique à toutes les cessions intervenant depuis le 15 février 2025, y compris pour les biens acquis avant cette date, selon une réponse ministérielle publiée au Journal officiel du 24 mars 2026. Autrement dit, les investisseurs qui pensaient être à l’abri parce qu’ils avaient acheté avant la réforme sont concernés. Il n’y a pas de clause grand-père.
Il existe une exception notable : en cas de transmission par succession, les héritiers repartent d’une base fiscale égale à la valeur vénale du bien au jour du décès. C’est le seul événement qui échappe à la réforme de réintégration des amortissements. Pour les patrimoines constitués dans une optique de transmission, cette donnée change la réflexion sur le timing de cession.
Autre ajustement entré en vigueur au 1er janvier 2026 : les prélèvements sociaux ont augmenté. Suite à l’adoption de la loi de financement de la Sécurité Sociale 2026, la CSG est augmentée de 1,4 point pour atteindre 10,6 %. Cette réévaluation impacte directement le montant des prélèvements sociaux à acquitter lors de la plus-value à la revente d’un bien en LMNP.
À partir du 1er janvier 2026, les prélèvements sociaux sont portés à 18,6 % pour les reventes en LMNP, à l’exception des résidences de services, du fait que cette mesure ne concerne pas les baux commerciaux.
En combinant l’impôt sur le revenu à 19 % et les prélèvements sociaux à 18,6 %, on aboutit à un taux global de 37,6 % sur la plus-value imposable, avant abattements pour durée de détention. Ce n’est pas négligeable, et cela change les calculs de rentabilité nette sur longue période.
La réforme frappe particulièrement fort les locations de type Airbnb non classées. Les principales évolutions concernent le régime micro-BIC des meublés non classés : le plafond de revenus passe de 77 700 euros à 15 000 euros, et l’abattement forfaitaire est réduit de 50 % à 30 %. Au-delà de ce seuil, les bailleurs basculent automatiquement vers le régime réel.
Ce durcissement est délibéré. L’objectif affiché est de remettre sur le marché de la location longue durée des logements qui avaient été captés par la location touristique. Pour les propriétaires concernés, le calcul économique change radicalement : soit on rénove, on classe le logement et on maintient une activité touristique sous contraintes, soit on bascule vers la location meublée classique.
Les meublés de tourisme classés, eux, perdent leur ancien régime très favorable (188 700 euros de plafond avec 71 % d’abattement) et sont ramenés au niveau de la longue durée (77 700 euros avec 50 % d’abattement). Ils conservent néanmoins un avantage considérable par rapport aux non classés.
Par ailleurs, la loi Le Meur rend obligatoire l’enregistrement de tous les meublés de tourisme sur le portail national Declaloc, opérationnel au plus tard le 20 mai 2026. À partir de cette date, il faudra détenir un numéro d’enregistrement valide pour publier une annonce, sous peine de sanctions pouvant atteindre 10 000 euros en cas de défaut d’enregistrement et 20 000 euros en cas de fausse déclaration.
Parmi tout ce bruit, un point mérite d’être dit clairement : le régime fiscal du LMNP reste inchangé en 2026 pour la location longue durée. La location meublée conserve l’intégralité de ses avantages actuels.
Les meublés loués à l’année, qu’il s’agisse de résidences principales, d’étudiants ou de baux mobilité, continueront de bénéficier des deux régimes fiscaux : le micro-BIC et le régime réel. Le premier reste accessible jusqu’à 77 700 euros de revenus locatifs, avec un abattement de 50 %, tandis que le second conserve la possibilité de déduire les charges et d’amortir le bien pour réduire l’imposition.
Le régime réel reste souvent le plus avantageux dans la plupart des cas, grâce au double mécanisme de la déduction des charges et de l’amortissement, qui permet aux loueurs de réaliser des économies d’impôts bien plus importantes qu’au régime micro-BIC.
L’amortissement LMNP est préservé : le régime par composants reste intact, sans plafonnement.
Les résidences de services (résidences étudiantes, résidences seniors, EHPAD) bénéficient quant à elles d’une protection particulière. Les résidences de services ne sont pas impactées par la loi de finances 2026, ce qui permet à l’investissement en résidence étudiante de continuer à bénéficier de tous les avantages qu’offre le statut LMNP. La réintégration des amortissements ne les concerne pas non plus, puisqu’elles relèvent des baux commerciaux.
La réforme ne condamne pas le LMNP. Elle exige d’être plus précis dans sa stratégie. Quelques ajustements concrets méritent d’être envisagés.
La durée de détention devient un paramètre encore plus déterminant qu’avant. Plus la détention est longue, plus les abattements pour durée de détention écrasent la fiscalité de la plus-value, ce qui peut compenser en partie l’effet négatif de la réintégration des amortissements, surtout pour les investisseurs patrimoniaux. Un investisseur qui revend après cinq ans et un investisseur qui transmet après vingt ans ne sont pas dans la même situation.
Pour les meublés touristiques, le classement redevient une décision économique sérieuse. Passer de l’abattement de 30 % (non classé) à 50 % (classé) justifie souvent les démarches, qui restent accessibles à la plupart des logements répondant aux critères de base.
Pour les investisseurs au régime réel envisageant une revente à moyen terme, il peut être utile de simuler l’impact fiscal selon plusieurs scénarios de prix de cession et de durée de détention. La réintégration des amortissements change les équilibres, mais ne les renverse pas systématiquement.
Enfin, pour les investisseurs dont le bien est fortement amorti, la transmission par succession peut s’avérer plus avantageuse qu’une cession de leur vivant, puisque les héritiers repartent de la valeur vénale au jour du décès, sans réintégration des amortissements passés.
La question revient souvent, et elle mérite une réponse directe plutôt qu’un « ça dépend » peu utile.
Le micro-BIC convient si les revenus locatifs sont faibles, les charges également faibles, et que la simplicité administrative est prioritaire. L’abattement de 50 % s’applique automatiquement sans avoir à tenir de comptabilité ni à constituer un dossier de charges.
Le régime réel est préférable dans la plupart des autres cas, notamment lorsque le bien est financé à crédit (les intérêts d’emprunt sont déductibles), lorsque des travaux ont été engagés, et lorsque l’amortissement du bien permet de ramener le résultat fiscal proche de zéro. Le choix dépend de la structure des revenus et des charges : le régime réel simplifié, plus technique, permet de déduire toutes les charges réelles et d’amortir le bien, réduisant considérablement l’impôt.
Pour bénéficier du régime réel à compter des revenus 2025, l’option devait être exercée avant le 20 mai 2026. Pour les revenus 2026, la date limite sera le printemps 2027.
À noter : pour les loueurs de meublés non classés, un communiqué du BOSS de septembre 2025 précise que la comptabilité simplifiée devra évoluer vers une comptabilité commerciale d’ici 2026. Un point à vérifier avec votre expert-comptable si vous êtes dans ce cas.
Un mot sur les résidences de services, parce qu’elles méritent une mention à part. Elles regroupent les résidences étudiantes, seniors, les EHPAD et les résidences de tourisme classées sous bail commercial. Pour les biens acquis neufs dans une résidence de services, il est possible de récupérer la TVA à 20 % sur le prix d’achat, un avantage immédiat significatif, à condition de conserver le bien pendant au moins 20 ans et de confier la gestion à un exploitant professionnel pour les 9 premières années au minimum.
Ces véhicules ne sont pas concernés par la réintégration des amortissements à la revente, ni par la hausse des prélèvements sociaux de 2026 (qui ne touche pas les baux commerciaux). Ils restent donc parmi les supports LMNP les plus stables fiscalement après la réforme.
Le statut LMNP en 2026 n’est pas mort. Le LMNP conserve de solides atouts : le micro-BIC classique reste simple et attractif, le régime réel demeure l’un des dispositifs fiscaux les plus puissants pour réduire l’imposition, et les résidences de services continuent d’offrir un investissement locatif faiblement imposé.
Ce qui change, c’est que la stratégie de sortie doit être pensée dès l’acquisition. La réintégration des amortissements n’est pas une pénalité aléatoire : elle est prévisible, calculable, et peut être anticipée. La durée de détention, le type de bien, la structure du patrimoine global et les projets de transmission jouent désormais un rôle encore plus central dans l’optimisation.
Un investisseur qui comprend ces mécanismes et les intègre dans une vision patrimoniale cohérente peut toujours obtenir des rendements nets très compétitifs avec le LMNP. Celui qui l’aborde sans stratégie, en comptant uniquement sur les avantages à court terme, prend des risques qu’il n’anticipait peut-être pas.
Les conseillers d’ARTES Patrimoine accompagnent leurs clients dans l’analyse de leur situation LMNP, le choix du régime fiscal adapté et la définition d’une stratégie de détention et de transmission cohérente avec leurs objectifs patrimoniaux. Si vous souhaitez faire le point sur l’impact de la réforme 2026 sur votre situation ou sur un projet en cours, n’hésitez pas à prendre contact avec notre équipe à Lyon.
Oui. La réintégration s’applique à toutes les cessions intervenant depuis le 15 février 2025, y compris pour les biens acquis avant cette date, selon une réponse ministérielle publiée au Journal officiel du 24 mars 2026. Il n’existe pas de régime transitoire selon la date d’acquisition.
Non. Les résidences de services ne sont pas impactées par la réforme des plus-values, du fait que cette mesure ne concerne pas les baux commerciaux. Elles conservent donc les avantages du LMNP sans la contrainte de la réintégration des amortissements.
Pas nécessairement, mais c’est le bon moment pour en faire le calcul. Le régime réel reste souvent plus avantageux que le micro-BIC pour les biens financés à crédit ou comportant des charges significatives. Pour les meublés de tourisme non classés, le passage au régime réel peut devenir obligatoire dès que les recettes dépassent 15 000 euros.
En cas de transmission par succession, les héritiers repartent d’une base fiscale égale à la valeur vénale du bien au jour du décès. C’est le seul événement qui échappe à la réforme de réintégration des amortissements. Pour les patrimoines très amortis, cela peut rendre la transmission plus avantageuse fiscalement qu’une cession de son vivant.
La location meublée conserve un avantage majeur : celui de la flexibilité. La location vide n’est accessible que dans le cadre d’un bail de longue durée, là où la location meublée offre aussi la possibilité de recourir à un bail mobilité, étudiant ou meublé classique. Fiscalement, le régime réel reste compétitif pour un bien acheté avec crédit, à condition de modéliser la sortie dès le départ.
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