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Investir maintenant ou attendre 2027 ? Le coût caché de l'attentisme

Un chef d’entreprise lyonnais nous disait la semaine dernière qu’il préférait « laisser passer la présidentielle » avant de lancer son investissement locatif. L’argument s’entend. Le budget 2027 vient d’être présenté, la BCE a relevé ses taux deux fois cette année, la croissance plafonne et personne ne sait quelle majorité sortira des urnes au printemps. Quand tout bouge, ne rien faire ressemble à de la prudence.

Sauf que cette prudence a un prix. Entre septembre et octobre, le taux moyen d’un crédit sur 20 ans a pris plus d’un dixième de point. La fenêtre fiscale sur les donations annoncée pour 2027 ne durera qu’un an. Et plusieurs avantages de l’assurance vie ou du PER sont ouvertement dans le viseur de la Cour des comptes. Alors, investir maintenant ou attendre ? Voici ce que l’attente coûte réellement, chiffres à l’appui, et comment avancer sans vous précipiter.


Pourquoi l’attentisme semble raisonnable en cette rentrée 2026 ?

Le réflexe d’attente n’a rien d’irrationnel. Le contexte économique de cet automne est franchement brouillé.

Le gouvernement table sur une croissance de 0,5 % en 2026, puis 1 % en 2027, avec une inflation attendue à 2,1 % cette année et 1,8 % l’an prochain. Le projet de loi de finances pour 2027, présenté le 1er octobre, prévoit un effort budgétaire d’environ 54 milliards d’euros pour ramener le déficit autour de 5 % du PIB. Le Premier ministre l’a lui-même décrit comme un budget de premier semestre, donc susceptible d’être remanié par la majorité issue de l’élection présidentielle.

Côté monétaire, la Banque centrale européenne a relevé ses taux directeurs en juin, puis de nouveau le 10 septembre, portant son taux de dépôt à 2,50 %. Le rendement de l’OAT à 10 ans, la référence des banques pour leurs prêts à taux fixe, a franchi la barre des 4 %.

Face à ce tableau, beaucoup d’épargnants et de dirigeants se disent qu’il vaut mieux y voir plus clair. Le problème, c’est que la clarté arrive rarement au moment où les conditions sont les meilleures. Elle arrive souvent après.


Combien coûtent six mois d’attente sur un crédit immobilier ?

C’est le poste où l’attentisme se chiffre le plus facilement.

Selon le baromètre de Meilleurtaux, les taux moyens négociés en octobre 2026 s’établissent autour de 3,40 % sur 15 ans, 3,50 % à 3,55 % sur 20 ans et 3,60 % à 3,65 % sur 25 ans, hors assurance. En septembre, le 20 ans se négociait encore à 3,40 %. Les barèmes transmis par les banques, avant négociation, sont passés de 3,69 % début septembre à 3,86 % en octobre, et le courtier anticipe un retour vers 4 % d’ici la fin de l’année.

Traduisons cela sur un emprunt de 300 000 euros sur 20 ans, hors assurance :

  • À 3,40 %, la mensualité est d’environ 1 725 euros.
  • À 3,90 %, elle monte à environ 1 802 euros.
  • L’écart représente près de 78 euros par mois, soit environ 18 600 euros d’intérêts supplémentaires sur la durée du prêt.


Vu autrement : à mensualité constante de 1 725 euros, un taux de 3,90 % ne vous permet plus d’emprunter que 287 000 euros environ. Vous perdez près de 13 000 euros de capacité d’emprunt, sans que rien n’ait changé dans votre situation.

Un second piège s’ajoute, plus technique. Le taux d’usure, c’est-à-dire le TAEG maximal autorisé, a été fixé à 5,40 % au 1er octobre pour les prêts de 20 ans et plus. Il est calculé sur les taux des mois précédents et réagit donc avec retard. Avec un taux nominal de 3,80 % et une assurance emprunteur un peu chère, certains dossiers dépassent déjà ce plafond et deviennent tout simplement impossibles à financer. Les profils les plus exposés sont les emprunteurs plus âgés ou ceux qui cumulent plusieurs crédits.


Faut-il attendre une baisse des prix pour acheter ?

C’est l’objection classique : si les taux montent, les prix vont baisser, donc autant patienter. Le raisonnement tenait en 2023. Il tient beaucoup moins aujourd’hui.

À Lyon, le prix moyen des appartements atteint 4 680 euros le mètre carré au 1er septembre 2026, quasiment stable sur un an (+0,2 %) selon le baromètre SeLoger et Meilleurs Agents. La correction est derrière nous : après un recul proche de 10 % entre 2023 et début 2026, le marché lyonnais s’est stabilisé. Les maisons progressent même légèrement, autour de +1,6 % sur un an.

Le scénario « je patiente, les prix baissent et j’achète moins cher » suppose donc deux conditions qui ne sont plus réunies : des prix encore orientés à la baisse et des taux stables. En réalité, l’acheteur qui attend risque de payer le même prix avec un crédit plus cher.

Pour un investisseur, l’équation est encore plus nette. Un bien loué produit des loyers, indexés sur l’IRL, dès le premier mois. Chaque trimestre d’hésitation, ce sont des loyers non perçus et un amortissement qui ne démarre pas. Les solutions de l’immobilier patrimonial, qu’il s’agisse de locatif en direct, de SCPI ou de nue-propriété, n’ont de sens que sur la durée. Le temps passé à attendre est du temps retiré à l’effet de levier.


Donations 2027 : pourquoi préparer dès cet automne ?

C’est la mesure la plus favorable du PLF 2027 pour les familles, et elle illustre parfaitement l’intérêt d’anticiper.

Le gouvernement propose une fenêtre fiscale limitée à la seule année 2027, avec deux leviers principaux :

  1. Le don familial de somme d’argent exonéré passerait de 31 865 euros à 50 000 euros, pour un donateur de moins de 80 ans au profit d’un enfant, petit-enfant ou arrière-petit-enfant majeur.
  2. Un taux unique de 6 % s’appliquerait aux donations en pleine propriété, après abattement, jusqu’à 100 000 euros par donateur et par bénéficiaire, y compris entre oncles, tantes, neveux et nièces, aujourd’hui taxés jusqu’à 55 %.


L’enjeu est considérable. Sur 100 000 euros taxables transmis à un enfant au-delà de l’abattement de 100 000 euros, les droits passeraient d’environ 18 200 euros au barème actuel à 6 000 euros.

Pourquoi s’en occuper maintenant, alors que rien n’est voté ? Parce qu’une donation bien construite ne se signe pas en trois semaines. Il faut faire évaluer les biens, arbitrer entre donation simple et donation-partage, vérifier l’équilibre entre les enfants, éventuellement démembrer, coordonner avec le notaire et, pour un dirigeant, articuler l’opération avec un éventuel Pacte Dutreil, confirmé dans le projet. Un dossier prêt en début d’année vous laisse douze mois pour profiter du dispositif. Un dossier lancé en novembre 2027 vous expose à l’embouteillage des études notariales.

Une précision s’impose. Si le budget n’est pas adopté avant le 31 décembre, une loi spéciale reconduirait les impôts existants et suspendrait les mesures nouvelles. La bonne stratégie consiste donc à préparer l’acte dès maintenant, puis à fixer la date de signature une fois le texte définitivement voté.


Assurance vie, PER : pourquoi prendre date avant que les règles ne bougent ?

L’assurance vie et le PER reposent sur un mécanisme que l’on oublie souvent : leurs avantages fiscaux se mesurent dans le temps, et le compteur ne démarre qu’à l’ouverture ou au versement.

Sur un contrat d’assurance vie, l’abattement annuel sur les gains de 4 600 euros pour une personne seule, ou 9 200 euros pour un couple, ne s’applique qu’après huit ans de détention. Côté transmission, les versements effectués avant 70 ans bénéficient d’un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire. Un contrat ouvert aujourd’hui, même avec un versement modeste, prend date. Un contrat ouvert dans deux ans repousse d’autant ces avantages.

Or ces régimes sont sous surveillance. Dans un rapport publié le 21 septembre sur la fiscalité du patrimoine des ménages, la Cour des comptes recommande de mieux cibler les dérogations dont bénéficient l’assurance vie et le PEA, et propose d’encadrer l’âge auquel on peut constituer une épargne retraite, pour éviter qu’elle serve surtout à optimiser une succession. Ce ne sont que des recommandations, mais elles alimentent le débat budgétaire, et l’histoire fiscale montre que les contrats existants sont souvent mieux traités que les nouveaux en cas de réforme.

Le PER pose une question de calendrier encore plus concrète. Pour déduire un versement de vos revenus 2026, il doit être effectué avant le 31 décembre. Pour un dirigeant ou un cadre imposé à 41 % ou 45 %, reporter ce versement à l’an prochain, c’est renoncer à une économie d’impôt immédiate sur l’année en cours. Nous détaillons les plafonds applicables dans notre guide pour préparer sa retraite.


La trésorerie qui attend : quel coût d’opportunité pour un dirigeant ?

Beaucoup de dirigeants que nous accompagnons ont accumulé une trésorerie confortable dans leur société ou leur holding, en attendant « le bon moment ». Nous avons déjà détaillé l’effet de l’inflation sur ces sommes dans notre article sur l’inflation 2026 et la protection de l’épargne. Mais l’érosion n’est qu’une partie du problème.

Le vrai coût, c’est le coût d’opportunité. Une trésorerie excédentaire qui dort sur un compte courant ne finance ni un investissement immobilier professionnel, ni un contrat de capitalisation, ni une stratégie de placement de trésorerie d’entreprise adaptée à vos besoins de liquidité. Pour une holding patrimoniale, la question devient aussi fiscale : la taxe de 2 % sur le patrimoine financier non professionnel instaurée par la loi de finances 2026 vise précisément certaines structures qui accumulent des actifs passifs.

Il ne s’agit pas d’investir toute la trésorerie d’un coup. Il s’agit de distinguer ce qui doit rester disponible (besoin en fonds de roulement, projets identifiés, réserve de sécurité) de ce qui peut travailler sur un horizon de trois, cinq ou huit ans. Cette distinction, la plupart des dirigeants ne la font jamais formellement. Et c’est précisément ce flou qui entretient l’attentisme. Si vous vous demandez comment rémunérer ou sortir ces sommes, notre article sur la façon de sortir de l’argent de sa société complète cette réflexion.


Comment anticiper sans se précipiter ?

Anticiper ne veut pas dire tout décider demain matin. Un investissement réalisé dans l’urgence, pour profiter d’un taux ou d’une niche fiscale, peut coûter aussi cher que l’attentisme. La bonne démarche tient en trois étapes.

1. Faire l’inventaire. Avant toute décision, il faut une photographie complète : patrimoine immobilier et financier, crédits en cours, trésorerie personnelle et professionnelle, contrats existants avec leur date d’ouverture, situation familiale et projets de transmission. C’est l’objet d’un bilan patrimonial.

2. Classer les décisions selon leur sensibilité au temps. Toutes ne se valent pas. Certaines ont une échéance ferme (versement PER avant le 31 décembre, donation dans la fenêtre 2027). D’autres dépendent d’un paramètre qui évolue défavorablement (taux de crédit). D’autres encore peuvent attendre sans dommage. Ce tri évite de tout traiter dans la précipitation ou, à l’inverse, de tout repousser.

3. Étaler ce qui peut l’être. Pour les placements financiers, les versements programmés permettent d’investir progressivement sans chercher le point d’entrée parfait, qui n’existe pas. Pour l’immobilier, une offre de prêt peut être sécurisée pendant la recherche du bien. Pour la transmission, un acte peut être préparé maintenant et signé plus tard.

Cette méthode a un avantage psychologique que l’on sous-estime : elle transforme une décision anxiogène (« faut-il investir maintenant ? ») en une série de décisions simples, chacune avec son calendrier.

Le contexte de 2026 n’est ni plus ni moins incertain que celui des années précédentes. Il y aura toujours une élection, une réunion de la BCE ou un projet de loi de finances pour justifier d’attendre encore un peu. La différence, cette année, c’est que plusieurs paramètres se déplacent en même temps et dans le même sens : des taux qui remontent, des prix immobiliers qui ne baissent plus, une fenêtre fiscale datée et des avantages fiscaux discutés. Dans ce genre de configuration, l’inaction n’est pas neutre. C’est un choix, avec son coût.

Les mesures du projet de loi de finances pour 2027 citées dans cet article sont des propositions soumises au vote du Parlement. Les taux de crédit et les seuils fiscaux évoluent régulièrement. Vérifiez les règles en vigueur auprès du BOFiP ou de votre conseil avant toute décision.

Le budget 2027 est sur la table depuis le 1er octobre, et les débats parlementaires s’ouvrent ce mois-ci. C’est le bon moment pour savoir quelles décisions vous concernent, lesquelles ont une échéance et lesquelles peuvent attendre. ARTES Patrimoine accompagne les dirigeants, professions libérales et cadres supérieurs dans cette mise à plat, au travers d’un bilan patrimonial personnalisé et sans engagement.

QUESTIONS FRÉQUENTES

À quel moment investir ?

Vaut-il mieux investir maintenant ou attendre l'élection présidentielle de 2027 ?

Il n’existe pas de réponse unique, mais attendre a un coût mesurable. Les taux de crédit immobilier remontent, les prix lyonnais ne baissent plus et certaines mesures fiscales ont une échéance. L’élection peut modifier la fiscalité, mais les contrats déjà ouverts et les opérations déjà réalisées sont généralement mieux protégés qu’un projet resté dans les cartons.

Les taux de crédit immobilier vont-ils continuer à monter fin 2026 ?

Les courtiers anticipent une poursuite de la hausse vers 4 % d’ici la fin de l’année, sous l’effet de l’inflation, du relèvement des taux de la BCE et d’une OAT à 10 ans au-dessus de 4 %. La prochaine réunion de la BCE, prévue le 29 octobre 2026, sera déterminante. Sur un prêt de 300 000 euros sur 20 ans, un demi-point de hausse représente environ 78 euros de mensualité en plus.

Faut-il attendre le vote du budget 2027 pour faire une donation ?

Pour une donation importante, il est judicieux de préparer l’acte dès maintenant et de fixer la date de signature une fois le texte voté. Le taux de 6 % et le don familial porté à 50 000 euros ne s’appliqueront que si le Parlement les adopte, et seulement en 2027. En revanche, une donation couverte par l’abattement actuel de 100 000 euros par parent et par enfant n’a rien à gagner à attendre.

Ouvrir une assurance vie maintenant a-t-il encore un intérêt ?

Oui, car les avantages fiscaux de l’assurance vie dépendent de l’ancienneté du contrat. L’abattement sur les gains s’applique après huit ans, et les versements avant 70 ans bénéficient d’un régime de transmission favorable. Ouvrir un contrat aujourd’hui, même avec un faible montant, permet de prendre date, alors que la Cour des comptes recommande de revoir certaines dérogations.

Comment investir sans prendre de décision précipitée ?

La méthode la plus sûre consiste à faire un bilan patrimonial complet, puis à classer vos décisions selon leur sensibilité au temps : celles qui ont une échéance, celles qui dépendent d’un paramètre en hausse comme les taux, et celles qui peuvent attendre. Les versements programmés permettent ensuite d’investir progressivement, sans chercher le moment parfait.

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