Entreprise 21 septembre 2026 Comment sortir de l’argent de sa société efficacement ? Un dirigeant qui laisse dormir 150 000 euros de …
Artes Patrimoine – Cabinet en Gestion Patrimoine
Un dirigeant qui laisse dormir 150 000 euros de trésorerie sur le compte de sa société paie, chaque année, le prix de l’attentisme : inflation qui ronge le capital, opportunités manquées, et parfois un contrôle fiscal qui s’intéresse d’un peu trop près à cette réserve jugée excessive. Sortir de l’argent de sa société n’a rien d’anodin. Entre la rémunération classique, les dividendes, le compte courant d’associé ou encore la holding, chaque canal a son propre régime fiscal et social, et le mauvais choix peut coûter plusieurs milliers d’euros par an.
Cet article fait le tour des solutions concrètes pour sortir de la trésorerie de son entreprise en 2026, de la rémunération classique jusqu’à des leviers bien plus fins comme l’épargne salariale ou la holding en régime mère fille, avec les taux et plafonds actuellement en vigueur, pour vous aider à choisir la stratégie la plus adaptée à votre situation de dirigeant.
Avant de choisir, il faut comprendre ce qui distingue ces trois grandes familles de sortie de trésorerie.
La rémunération transforme le résultat de l’entreprise en revenu professionnel, soumis à cotisations sociales, mais elle ouvre des droits (retraite, prévoyance, chômage pour les assimilés salariés).
Les dividendes rémunèrent le capital investi. Ils sont versés après paiement de l’impôt sur les sociétés et taxés une seconde fois entre les mains du dirigeant, mais avec une fiscalité globalement plus légère que le salaire.
Le compte courant d’associé, enfin, permet de récupérer de l’argent que vous avez vous même avancé à votre société, sans cotisation sociale, dans certaines limites.
Le bon dosage entre ces trois leviers dépend de votre statut (gérant majoritaire de SARL, président de SAS, TNS), du niveau de trésorerie disponible et de vos objectifs personnels : consommer, épargner, préparer votre retraite ou transmettre.
C’est la solution la plus intuitive : augmenter son salaire ou sa rémunération de gérant. Elle a l’avantage de la simplicité et elle génère des droits sociaux, ce qui n’est pas négligeable pour la retraite.
Le revers de la médaille, ce sont les charges. Un gérant majoritaire de SARL relevant du régime TNS supporte des cotisations sociales qui représentent environ 30 à 45 % de sa rémunération brute, selon le niveau de revenu. Pour un président de SAS assimilé salarié, la note grimpe encore, avec des charges patronales et salariales qui peuvent dépasser 75 % du salaire net.
À cela s’ajoute l’impôt sur le revenu au barème progressif, qui peut atteindre 41 % voire 45 % pour les tranches supérieures. Sortir 10 000 euros de trésorerie via un complément de salaire pour un dirigeant déjà dans la tranche à 41 % peut, une fois cotisations et impôt cumulés, ne laisser au final que 3 000 à 4 000 euros nets disponibles.
La rémunération reste pertinente pour couvrir son train de vie courant et cotiser suffisamment pour sa retraite, mais elle devient rapidement inefficace au delà d’un certain seuil.
Les dividendes sont, pour beaucoup de dirigeants, le premier réflexe pour sortir de la trésorerie excédentaire. Depuis le 1er janvier 2026, ils sont soumis par défaut au prélèvement forfaitaire unique (PFU), la fameuse flat tax, dont le taux global est passé à 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux), contre 30 % en 2025. Vous pouvez toujours opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu si votre tranche marginale d’imposition est faible, avec un abattement de 40 % sur le dividende imposable, mais cette option devient rarement intéressante au delà de la tranche à 30 %.
Un point de vigilance spécifique concerne les gérants majoritaires de SARL ou d’EURL soumis au statut TNS : la fraction des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, augmenté des primes d’émission et des sommes versées en compte courant d’associé, est requalifiée en revenu professionnel et soumise aux cotisations sociales TNS, et non au PFU. Avec un capital social faible, ce seuil est vite atteint, ce qui peut transformer une distribution de dividendes en charge sociale inattendue.
Autre paramètre à surveiller : le calendrier. Des dividendes votés et versés en fin d’année civile plutôt qu’en janvier suivant peuvent, selon l’évolution du taux du PFU, faire une différence réelle sur le montant net perçu. Ce type d’arbitrage se prépare en amont de l’assemblée générale d’approbation des comptes, pas la veille du versement.
Comparée à la rémunération, la distribution de dividendes reste souvent plus légère fiscalement pour un dirigeant fortement imposé, à condition de bien calibrer le montant distribué au regard du capital social.
Beaucoup de dirigeants ont, à un moment ou un autre, avancé de l’argent à leur société pour financer un besoin de trésorerie ponctuel. Ces sommes constituent une créance sur l’entreprise, inscrite sur un compte courant d’associé, et leur remboursement n’est ni un salaire ni un dividende : c’est simplement le remboursement d’une dette. Il n’est donc soumis ni à cotisations sociales, ni à impôt sur le revenu.
Il est également possible de faire rémunérer ce compte courant par des intérêts, déductibles du résultat de la société sous deux conditions cumulatives : le capital social doit être intégralement libéré, et le taux d’intérêt appliqué ne doit pas dépasser un taux plafond fixé chaque trimestre par l’administration fiscale. Ce taux de référence (TMP) poursuit une lente baisse depuis plusieurs trimestres : il s’établissait à 4,55 % pour les exercices clos au 31 décembre 2025, et autour de 4,33 % pour les exercices clos au troisième trimestre 2026.
Le compte courant d’associé est un outil précieux pour sortir de la trésorerie sans alourdir sa fiscalité personnelle, mais il suppose d’avoir réellement mis des fonds à disposition de la société au préalable : on ne peut pas créer artificiellement un compte courant créditeur pour transformer des revenus en remboursement de dette. Cette limite mérite d’être vérifiée avec votre expert comptable avant toute opération.
C’est sans doute le levier le moins connu des dirigeants, alors qu’il figure parmi les plus efficaces. Le plan d’épargne entreprise (PEE) et le plan d’épargne retraite collectif (PERCO, devenu PERECO depuis la loi Pacte) ne sont pas réservés aux grandes entreprises. Un dirigeant, salarié ou non salarié, peut en bénéficier dans les mêmes conditions que ses employés, dès lors que sa société compte au moins un salarié en plus de lui même, et moins de 250 salariés au total. Un président de SASU sans aucun salarié devra donc embaucher, ne serait ce qu’à temps partiel, pour ouvrir cette porte.
Le mécanisme repose sur l’abondement : le dirigeant verse volontairement une somme sur son PEE ou son PERECO, et la société complète ce versement, dans la limite de trois fois la somme versée par le bénéficiaire. Ce complément est exonéré de cotisations sociales (hors forfait social et CSG-CRDS) et d’impôt sur le revenu. En 2026, le plafond d’abondement s’élève à environ 3 845 euros par an sur le PEE (8 % du PASS), et à environ 7 690 euros par an sur le PERECO (16 % du PASS), soit un total qui peut dépasser 11 000 euros versés par la société au dirigeant sans charge sociale ni impôt, à condition d’y avoir soi même contribué en amont.
Concrètement, cela veut dire qu’une société qui aurait versé cette somme en salaire aurait supporté des charges sociales représentant, selon le statut du dirigeant, plusieurs milliers d’euros supplémentaires, en plus de l’impôt sur le revenu dû par le bénéficiaire. Avec l’abondement PEE et PERECO, cette même somme arrive quasiment nette. La contrepartie est le blocage des fonds pendant cinq ans pour le PEE, sauf cas de déblocage anticipé (achat de la résidence principale, mariage, naissance d’un troisième enfant, entre autres), et jusqu’à la retraite pour le PERECO.
Pour un dirigeant qui n’a pas de besoin de trésorerie immédiat et qui souhaite se constituer une épargne à moyen ou long terme, l’épargne salariale mérite d’être mise en place au même titre que les leviers plus classiques. C’est un dispositif qui se prépare avec l’expert comptable ou le gestionnaire de paie de l’entreprise, car sa mise en place suppose un accord ou une décision unilatérale de l’employeur, avec un formalisme précis à respecter.
Quand l’entreprise génère un résultat confortable année après année, interposer une holding patrimoniale entre le dirigeant et la société d’exploitation change complètement la donne. C’est, avec l’épargne salariale, l’un des leviers les plus sous exploités par les dirigeants qui gèrent leur trésorerie sans accompagnement.
Le mécanisme central est le régime mère fille, prévu aux articles 145 et 216 du Code général des impôts. Dès lors que la holding détient au moins 5 % du capital de sa filiale depuis au moins deux ans, les dividendes versés par la filiale à la holding sont exonérés d’impôt sur les sociétés à hauteur de 95 %. Seule une quote part de frais et charges de 5 % du montant brut des dividendes reste imposable, ce qui ramène l’imposition effective à environ 1,25 % (5 % de quote part multipliés par le taux d’IS de 25 %), contre 31,4 % de PFU si ces mêmes dividendes avaient été versés directement à une personne physique. Ce régime s’applique de plein droit, sans option à formuler, et représente l’un des écarts de fiscalité les plus significatifs de tout le paysage fiscal français entre une sortie directe et une sortie structurée.
Cette trésorerie remontée quasiment sans frottement fiscal dans la holding peut ensuite être réinvestie librement : rachat d’une autre entreprise, investissement immobilier, placements financiers, ou simple constitution d’une réserve de trésorerie disponible pour saisir une opportunité. Le dirigeant ne sort réellement de l’argent de son patrimoine professionnel vers son patrimoine privé que lorsqu’il en a un besoin réel, ce qui offre un pilotage patrimonial nettement plus fin dans le temps que la distribution directe.
Sur le plan patrimonial, l’intérêt va bien au delà de la seule optimisation fiscale immédiate : une holding facilite également la transmission de l’entreprise, en isolant la valeur professionnelle du patrimoine personnel, et prépare une éventuelle cession en logeant le produit de vente dans une structure qui pourra elle même être réinvestie sans imposition immédiate au niveau du dirigeant.
La contrepartie, c’est la complexité de gestion : deux structures juridiques à administrer, des obligations comptables et déclaratives supplémentaires, une vigilance sur l’absence de montage artificiel dépourvu de substance économique, et un coût de mise en place qui n’a d’intérêt qu’à partir d’un certain niveau de résultat récurrent. Notre page dédiée à la holding patrimoniale et à la structuration du dirigeant détaille les conditions dans lesquelles ce montage devient pertinent pour votre situation.
Sortir de l’argent ne signifie pas forcément le consommer immédiatement. Verser une partie de sa trésorerie professionnelle sur un plan d’épargne retraite (PER) individuel ou, pour les TNS, sur un contrat Madelin, permet de déduire ces sommes du revenu imposable tout en se constituant un complément de retraite.
Pour un travailleur non salarié, le plafond de déduction 2026 correspond au plus élevé des deux montants suivants : 10 % du plafond annuel de la sécurité sociale (PASS, fixé à 48 060 euros en 2026), soit un minimum de 4 806 euros, ou 10 % du bénéfice imposable dans la limite de 8 PASS, majoré de 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS. Le maximum théorique s’élève ainsi à environ 88 911 euros pour 2026.
Ce levier est particulièrement pertinent pour un dirigeant qui a déjà optimisé sa rémunération et ses dividendes, et qui souhaite réduire son revenu imposable de l’année tout en préparant sa retraite. Il ne s’agit pas d’une sortie de trésorerie au sens strict puisque les fonds restent bloqués jusqu’au départ en retraite, sauf cas de déblocage anticipé, mais c’est un usage judicieux de l’excédent professionnel pour qui n’a pas besoin de tout consommer immédiatement. Notre article comparant le contrat Madelin et le PER TNS détaille les différences entre ces deux enveloppes.
Il n’existe pas de martingale universelle : l’arbitrage optimal dépend de plusieurs paramètres propres à chaque dirigeant.
Voici les questions à se poser avant toute décision :
Dans la pratique, la plupart des dirigeants combinent plusieurs leviers : une rémunération suffisante pour couvrir le quotidien et cotiser correctement, un complément en dividendes calibré sous le seuil de requalification sociale, l’abondement PEE ou PERECO pour l’épargne à moyen terme, et éventuellement un remboursement de compte courant, des versements sur un PER, ou une structuration en holding pour le surplus destiné à être réinvesti. C’est cette combinaison, revue chaque année en fonction du résultat de l’entreprise et de la situation personnelle du dirigeant, qui permet de sortir efficacement de la trésorerie sans subir une fiscalité excessive.
Certaines erreurs reviennent régulièrement chez les dirigeants qui gèrent seuls cette question :
Sortir de l’argent de sa société efficacement suppose de croiser sa fiscalité personnelle, le statut social du dirigeant, la structure du capital de l’entreprise et les objectifs patrimoniaux à moyen terme. Chez ARTES Patrimoine, nous accompagnons régulièrement des dirigeants et des travailleurs non salariés dans l’arbitrage entre rémunération, dividendes et placements de trésorerie professionnelle, en tenant compte de l’ensemble de leur situation patrimoniale. Si vous vous interrogez sur la meilleure façon d’optimiser la sortie de trésorerie de votre entreprise, nos conseillers peuvent étudier votre situation et vous proposer une stratégie sur mesure, en particulier si vous envisagez également un bilan patrimonial complet ou une réflexion sur l’optimisation fiscale de votre entreprise.
Pour un gérant majoritaire de SARL ou d’EURL relevant du statut TNS, la limite se situe à 10 % du capital social, augmenté des primes d’émission et des sommes versées en compte courant d’associé. Au delà de ce seuil, la fraction excédentaire est soumise aux cotisations sociales TNS plutôt qu’au PFU. Ce seuil ne s’applique pas aux présidents de SAS assimilés salariés, dont les dividendes restent soumis au seul PFU, quel que soit le montant.
Cela dépend de votre tranche marginale d’imposition, de votre statut social et de vos besoins en droits sociaux (retraite, prévoyance). Un salaire génère des cotisations et ouvre des droits, mais coûte cher socialement. Les dividendes sont fiscalement plus légers au delà d’une certaine tranche d’imposition, mais ne génèrent aucun droit social. La plupart des dirigeants combinent les deux dans des proportions à ajuster chaque année.
Le remboursement d’un compte courant d’associé correspond au remboursement d’une créance que vous détenez sur votre société, et non à un revenu. Il n’est donc pas imposable, à condition que les sommes aient réellement été avancées par l’associé au préalable et que le remboursement soit correctement retracé en comptabilité.
Ce taux, appelé taux moyen de rendement (TMP), est publié chaque trimestre par l’administration fiscale et suit une tendance à la baisse depuis plusieurs trimestres. Il s’établissait à 4,55 % pour les exercices clos au 31 décembre 2025, et se situait autour de 4,33 % pour les exercices clos au troisième trimestre 2026. Au delà de ce taux, la fraction excédentaire d’intérêts n’est pas déductible du résultat de la société.
Il n’existe pas de seuil légal, mais dans la pratique, la holding devient pertinente lorsque l’entreprise dégage un résultat récurrent suffisant pour justifier les coûts de gestion d’une structure supplémentaire, généralement à partir de plusieurs dizaines de milliers d’euros de dividendes distribuables chaque année et avec une volonté de réinvestir plutôt que de consommer immédiatement.
Oui, à condition que l’entreprise compte entre 1 et 249 salariés, y compris le dirigeant lui même. Un président de SASU sans salarié doit donc embaucher, au moins à temps partiel, pour ouvrir ce droit. Une fois cette condition remplie, le dirigeant bénéficie de l’abondement de l’entreprise sur son PEE et son PERECO exactement comme un salarié, dans la limite des plafonds légaux.
Parce qu’il ramène l’imposition des dividendes remontant à la holding à environ 1,25 % seulement, contre 31,4 % de flat tax si ces mêmes dividendes étaient versés directement à une personne physique. La holding doit détenir au moins 5 % du capital de la filiale depuis au moins deux ans pour en bénéficier. Cette trésorerie quasiment nette d’impôt peut ensuite être réinvestie ou redistribuée au dirigeant selon ses besoins réels.
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